mercredi 25 mai 2016

Jour 24 – L'équipe de rêve ?

Cette question est évidemment dédiée au team-up de la bêtise absolue, le plus gros n'importe-quoi qu'un esprit de lecteur plus ou moins fan peut imaginer, et j'y ai évidemment déjà longuement pensé. J'ai même tenté d'en faire une histoire. Dans mon groupe étaient réunies des version alternatives de Doc Savage, Mandrake, Zorro, le Shadow, le Saboteur, le Phantom et un drôle de mélange entre le Shadowman et Turok. Quoique la composition diffère largement, c'est, dans le concept (et c'est pas fait exprès du tout), peu ou prou le groupe que Warren Ellis rassemble autour d'Axel Brass, le Doc Savage de Planetary.

Dans l'ordre : Tarzan, G-8, Operator 5, Doc Savage, Fu Manchu, The Spider et Tom Swift.
(savamment déguisés)

J'aurais évidement pu longtemps expliquer pourquoi j'avais réuni ces mecs et pas d'autres, et comment j'avais pensé le faire, mais... Je n'ai honnêtement jamais réussi. Je ne sais absolument pas si cette équipe est viable, elle pue l'impasse scénaristique dans laquelle n'importe-quel personnage est capable de marysue ses partenaires de n'importe-quelle situation. Il faudrait, à l'image de ce qu'avait fait Ellis, les placer en grands décideurs de l'ombre, dont la réunion serait plus dictée par l'envie d'une conduite sage de l'humanité que la bête réponse à une menace intergalactique. Et c'est moyen funky à imaginer... Et puis de toute façon, je ne sais même pas si cette équipe est tout simplement valable dans le contexte de ce questionnaire puisque tous ces héros ne sont pas des personnages de bédé (le Saboteur est même un mec de jeu vidéo dans lequel je ne peux m'empêcher de voir une combinaison irlandaise bourrue et alcoolisée d'Arsène Lupin et Captain Midnight, et dont j'adorerais voir le concept étendu à une bédé).
Du coup, à la place, je vais parler de mon ragtag favori de l'histoire du superhéroisme : les Defenders. Les vrais, pas les Heroes for Hire que Netflix a décidé de nous vendre sous un faux nom.

Cette équipe, née (officiellement) en décembre 1971 de l'esprit cintré de Roy Thomas (auteur de Conan, je ne le répéterai jamais assez), rassemble des héros tellement disparates qu'elle a tout de la famille ultra-disfonctionnelle. Doc Strange, Namor et Hulk se sont réunis un jour, dans Marvel Feature #1, pour se friter gaiement avec un sorcier fou venu d'une autre planète, Yandroth. Pour une raison qui m'échappe encore aujourd'hui, ils sont restés ensemble, vite rejoints par le Surfeur d'argent, mais au lieu de Quatre Fantastiques de la badasserie la plus crasse, leur composition sera à géométrie variable (Strange et Hulk en étant les seuls vrais membres permanents), accueillant des personnages aussi divers que la Valkyrie, le Fauve (des X-Men), Nighthawk ou Luke Cage dans une équipe de l'ombre destinée à contrer à grands coups de phalanges les menaces extra-terrestres de tout poil, spatiales et ésotériques.
Le résultat fut l'une des séries les plus savoureusement pop de la période, une fantaisie bariolée avec une dynamique quasi-anarchique drôle sur tellement de degrés qu'elle sort de notre dimension, nous ayant par ailleurs offert des vilains mémorables comme le Wrecking Crew (?!) et quelques-unes des plus belles planches de baston que l'on ait jamais vu dans un comics de super-héros. Si. Ross Andru est un monsieur que vous vous devez d'aimer si vous avez un demi-sens du goût, et ses successeurs sur la série n'ont pas grand chose à lui envier.
Il est intéressant de noter que Thomas avait longtemps chatouillé l'idée de cette équipe : sa première apparition non-formelle date d'un épisode de Doc Strange en 1969, avant que les personnages ne se réunissent à nouveau plus ou moins par hasard dans les pages de Sub-Mariner puis Incredible Hulk en 1970 après que la série du maître de l'occulte ait été annulée. L'histoire les envoyait se friter avec une menace lovecraftienne quelconque et introduisait pour la première fois le personnage de la Valkyrie (enfin, de Barbara Norriss, son hôte). Fort de sa première tentative, Thomas retentera le coup en 1971, toujours dans les pages de Sub-Mariner, avant d'avoir le droit de nommer officiellement son équipe dans Marvel Feature. Le succès fut instantané, et The Defenders #1 paraîtra six mois plus tard, en août 1972, sous la plume de Steve Englehart et le pinceau de Sal Buscema. Pendant dix ans, cette série sera un bonheur de stupidité entendue et l'équipe affrontera (absolument) tout et (surtout) n'importe-quoi.

N'importe. Quoi.

En 1983, l'épisode 125 introduira les New Defenders, une nouvelle équipe formée par le Fauve après qu'une prophétie extra-terrestre force les quatre membres originaux à quitter la bande. Dès lors, les Defenders, déjà pas un modèle de constance, deviendront l'équipe la moins stable de l'univers Marvel, et perdront, peu à peu, tout intérêt (malgré un chiffre de vente en hausse) : le groupe, association de circonstance et moteur à embrouilles, deviendra une équipe de super-héros basique sanctionnée par le gouvernement des Etats-Unis. Des Vengeurs low-cost.

En 1990, la prophétie sera éventée comme un canular d'un envahisseur random pour éclater "une des équipes les plus puissantes de l'univers". Avec The Return of the Defenders, les originaux s'allient donc à nouveau le temps d'un crossover entre leurs séries respectives. Le succès de l'opération poussera Marvel à faire plein d'autres tentatives pour ramener, sinon l'équipe, au moins le nom des Defenders sur le devant de la scène. Des séries comme Secret Defenders (1993) où Strange rameute de nouveaux héros à chaque épisode, ou The Last Defenders (2008), centré sur Nighthawk, s'intercaleront ainsi entre une réelle aventure (en 2005) voyant Strange tenter de rameuter ses anciens alliés pour repousser Dormammu. En 2009, le Hulk Rouge se paiera même le luxe d'une anti-équipe avec ses Offenders, rassemblant Requin-TigreMordo et Terrax, des vilains iconiques du quatuor des 70's . On doit la dernière version en date des Defenders à la Valkyrie, qui assembla autour d'elle exactement à la façon des originaux un trio de circonstance et entièrement féminin (et ouvertement féministe), les Fearless Defenders (2013), quoique le scénariste, Cullen Bunn, ait toujours insisté sur le fait qu'au delà du titre, il n'y ait en vérité aucune connexion avec les vieux Defenders. Peu importe, c'était l'une des rares bonnes séries issues de Marvel Now, complètement folle, et sans en avoir l'histoire ou les personnages, elle avait l'humour et le décalage (et la composante magique/mystique) de la série originelle.

Et je pense que j'ai fait le tour... Ouaip, c'est pas ma dream-team, mais j'aime cette équipe.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire